Comment j’ai survécu à une double fracture de la routine

Dernièrement, je me lance de plus en plus de défis pour m’aider à mieux gérer les changements de routine. Dans cette optique, j’ai décidé d’assister à un spectacle pour la St-Jean avec un ami parce que j’ai souvent du mal à quitter le confort de mon chez-moi après le souper.  En théorie, c’était un beau plan. En pratique, l’imprévu a décidé de s’inviter aux festivités.  

En effet, en direction du spectacle, notre véhicule a eu la brillante idée d’aller finir sa course dans un charmant fossé. Ce soir-là, j’ai appris que les accidents d’auto, ça fait peur. Toute une révélation que j’ai eue. 

Avant même que je puisse sortir du véhicule, je me suis immédiatement mise à réfléchir à l’essentiel : l’impact de l’accident sur mes plans du lendemain. Pas le temps de penser aux conséquences du choc sur mon corps. Il y avait pire, je souffrais d’une fracture de la routine.   

Le conducteur du véhicule semblait avoir d’autres priorités. Il voulait savoir si je n’étais pas blessée. J’aurais bien voulu expliquer que mes pleurs étaient majoritairement causés par la rupture du squelette de mon mental, mais les mots me manquaient. En dehors de ça, mon corps semblait quand même bien se porter. Rien de majeur à signaler. 

Je continuais alors à évaluer les impacts de l’accident sur ma petite routine. C’était le bal des «et si» dans mon crâne. Et si j’avais davantage de douleur au réveil demain… je ne pourrais pas aller courir dehors comme d’habitude. Et si je ne cours pas, je vais moins bien dormir le soir suivant.  Et si je dors moins bien, quel impact ça va avoir? Mais avant de courir demain, je dois dormir ce soir. Et si le stress m’empêche de dormir ce soir, je vais avoir du mal à me lever à mon heure habituelle. Et si je me lève plus tard, l’humanité tout entière risque de s’éteindre. Ça y est, c’est fini. On va tous mourir.  

Avec le recul, je me dis que je n’avais pas totalement tort. On va effectivement tous mourir un jour. Probablement pas tous aujourd’hui par contre. Et, probablement pas à cause d’un petit accident d’auto impliquant deux personnes et un fossé. J’ai tout de même une explication très logique à la succession de catastrophes que j’imaginais malgré moi. C’est simplement qu’autisme et anxiété cohabitent souvent à la même adresse.  

Dans mon cas, les situations les plus anxiogènes sont les changements de routines et les modifications de mon environnement. Quand je commence une journée, je connais les étapes à effectuer dans les moindres détails. C’est comme si j’avance sur une route et que chaque geste prévu me permet de faire un pas de plus. Lorsqu’un changement survient et que je ne connais pas le prochain geste à effectuer, j’ai l’impression que ma route est bloquée par un immense ravin. 

Confronté au précipice, j’ai tendance à figer et à perdre tous mes moyens. En d’autres mots, si ma routine est changée, j’oublie comment effectuer les actions les plus simples. Pour apprendre à traverser plus aisément les situations-ravins, je m’entraine sur des plus petites crevasses. Le spectacle de la St-Jean que je voulais voir, c’était l’une de mes crevasses d’entrainement.  L’incident routier a simplement rendu mon trajet mental un peu plus accidenté.  

Au final, j’ai survécu à ma fracture de la routine et je crois que les petits défis que je me lance dernièrement n’ont pas nui à ma récupération. Tout ça pour dire que la meilleure manière de traverser la vie pour moi, c’est de trouver un équilibre entre mon grand besoin de routine et entre les défis que je me lance afin de ne pas perdre la capacité d’affronter les imprévus. Concrètement, j’intègre des changements à ma routine chaque semaine afin de faire de la gestion des imprévus une habitude.  Le plus beau, c’est que je fais tout ça sans perdre le cadre qui me permet de mieux fonctionner.