L’alimentation et l’autisme partie III

Les conséquences des TSA sur l’alimentation et les solutions possibles

Dans mes deux précédents articles portant sur l’alimentation, j’ai détaillé comment l’autisme pouvait influencer les comportements alimentaires à cause de la rigidité comportementale et à cause des particularités sensorielles associées à cette différence. J’ai décidé de prendre le temps d’écrire une série d’articles sur l’alimentation à cause de l’importance qu’occupe le simple fait de manger tant au niveau de la santé qu’au niveau social. Avec les années, j’ai développé certaines stratégies pour remédier à mes difficultés. J’exposerai donc les pistes de solutions que j’ai trouvées à chacun des problèmes que j’ai rencontrés en espérant que d’autres personnes puissent s’en inspirer.

Les conséquences sur la santé et les solutions possibles 

La première conséquence que peuvent avoir les comportements alimentaires de certaines personnes autistes est une dégradation générale de la santé. Cette fameuse conséquence, j’ai été aux premières loges pour l’observer sur ma propre personne et sur certains de mes proches eux-mêmes autistes. Dans mon cas, c’est l’addition de toutes mes particularités qui a fini par affecter ma santé de diverses manières.

J’ai toujours eu du mal à reconnaître la satiété et la faim. Pour cette raison, je pouvais passer de longues périodes en ne mangeant qu’une seule fois dans la journée parce que je me disais que ça devait me convenir puisque je n’en souffrais pas. La réalité, c’est que ma tête n’était pas équipée pour traiter adéquatement les demandes de mon corps. J’avais donc l’impression que tout allait bien quand la situation n’était pas si optimale.  En plus de ce problème, mes comportements alimentaires étaient à l’image de mes autres comportements ce qui veut dire que la variété, ce n’était pas mon fort. Je me suis donc retrouvé à manger pas assez souvent et surtout, toujours la même gamme d’aliments.

Après un temps, j’ai commencé à sentir les effets de mon mode de vie. Je manquais d’énergie, je ressentais beaucoup de fatigue musculaire et j’avais souvent du mal à me concentrer. Ironiquement, je ne voyais pas le lien avec mon alimentation ou je ne voulais pas le voir… parce qu’admettre le problème aurait voulu dire que j’aurais dû modifier ma manière de fonctionner. On peut dire que je n’avais pas tellement envie de toucher à ma petite routine malgré les conséquences.

Éventuellement, j’ai profité des périodes moins stressantes de ma vie pour redresser la situation. Je me suis d’abord forcé à manger au moins deux fois dans la journée, le matin et le midi. Dernièrement, j’ai franchi une grande étape pour moi, en décidant de me faire aider pour retrouver la meilleure alimentation possible pour moi tout en respectant mes particularités sensorielles et mon besoin de routine. Ma solution fut de me bâtir un plan alimentaire équilibré. Grâce à ce plan, mon corps à tout ce dont il a besoin et je sais ce qui m’attend chaque jour. L’autre avantage de ce type de plan, c’est que je ne peux pas retomber dans le piège d’une rigidité excessive où chaque journée serait la copie de la précédente.

Je crois que la solution du plan alimentaire peut être adaptée à un grand nombre de situations où la santé est altérée par des comportements alimentaires non adaptés. En effet, un plan alimentaire peut aider à résoudre des problèmes de sous-alimentation comme de suralimentation causés par certains troubles d’intégration sensorielle liés à l’autisme. Aussi, ce type de fonctionnement peut aider à avoir une alimentation variée en intégrant graduellement de nouveaux aliments.

Par contre, pour que cette solution soit viable, elle doit tenir compte des goûts de la personne. Aussi, pour que le changement puisse se faire sans générer trop d’anxiété, je pense qu’il est préférable de procéder par petites étapes dans le respect du rythme de la personne concernée. Selon moi, le but d’un tel plan doit être de favoriser le bien-être global de la personne. L’objectif n’est donc pas de donner une plus grande apparence de normalité à la personne. C’est alors en ayant ça en tête que l’on devrait choisir chacun des petits objectifs à atteindre.

Les comportements alimentaires et leurs impacts sur le fonctionnement social 

En plus des conséquences sur la santé, j’ai appris qu’une alimentation atypique pouvait avoir de grandes conséquences sur le fonctionnement social. C’est logique lorsqu’on y réfléchit un instant. Rendue à l’âge adulte, une grande partie des moments passés avec nos proches implique un bon repas à partager. En sachant que l’autisme complique déjà les interactions sociales, je pense qu’il est de la plus haute importance que la rigidité alimentaire d’une personne ou encore que ses particularités sensorielles ne viennent pas renforcer son sentiment d’isolement.

Personnellement, les difficultés rencontrées socialement en lien avec mon alimentation ont été multiples. Dans les pires périodes où ma rigidité alimentaire était à son maximum et où je mangeais la même chose chaque jour, partager un repas de fête avec ma famille m’apparaissait comme une vraie montagne. Parfois, je choisissais d’éviter la situation même si je voulais voir mes proches parce que j’avais honte de ne pas arriver à manger à table avec eux. D’autres fois, je décidais de partager le repas malgré mon anxiété, mais c’était loin d’être une expérience agréable.

Souvent, lorsque venait le temps de manger, la salle était trop bruyante et je me sentais étourdie à cause de tous les mouvements qui m’entouraient. Je devais gérer les sons, les mouvements et les odeurs. En même temps, je devais interagir en ayant l’air normale et manger un repas inhabituel pour moi. Certaines fois, j’arriverais à feindre la normalité, mais je me promettais de ne pas renouveler l’expérience tant c’était pénible. D’autres fois, le masque craquait et je perdais le contrôle. Je me trouvais donc à piquer une belle colère parce que c’était la seule manière que je connaissais pour exprimer ma détresse. Tout ça, c’était à l’époque où je ne comprenais pas ma différence. Maintenant, en comprenant mieux mon fonctionnement, j’essaie de nouvelles approches pour enfin pour prendre part aux événements sociaux qui m’intéressent sans vivre autant d’anxiété.

Je pense que pour éviter ce type de situation de crise, la première étape est de se respecter. Concrètement, pour moi, ça veut dire être honnête par rapport à ce que je vis et exprimer mes difficultés à mes proches. J’ai longtemps fait l’erreur de cacher ce que je vivais et je l’ai payé cher sans rien en retirer. En étant simplement ouvert, il est possible d’arriver à trouver certains terrains d’entente qui peuvent rendre l’expérience du repas agréable pour tous.

D’abord, puisqu’un repas de groupe peut être un stress à différents niveaux pour une personne autiste, je pense que cette dernière devrait se sentir libre de sortir de table aussi souvent qu’elle le souhaite pour «reprendre des forces». Souvent, on interdit aux enfants de quitter la table avant la fin du repas… j’ai l’impression qu’un enfant différent ayant des besoins différents devrait avoir droit à certaines règles plus souples.

Aussi, je pense qu’une personne vivant une importante rigidité au niveau de l’alimentation devrait pouvoir manger un menu alternatif si ça lui permet de prendre part aux événements qui l’intéressent. En disant ça, mon but n’est pas de dire qu’il faut abandonner l’idée de tenter d’atteindre une plus grande flexibilité au niveau de l’alimentation. Seulement, je ne pense pas qu’une personne devrait attendre d’avoir l’air plus «normale» pour vivre au sein des autres.

Conclusion

Par la série de trois articles que j’ai écrits sur l’impact de l’autisme sur l’alimentation, je cherchais d’abord à exposer une réalité encore peu connue. Cependant, je tiens à spécifier que ce n’est pas toutes les personnes autistes qui voient leur différence affecter leur alimentation. Chaque personne étant unique, ses défis personnels et ses forces le sont tout autant.

Finalement, je tiens à préciser que les comportements alimentaires différents ne sont pas un mal en soi, ils le deviennent lorsqu’ils affectent négativement la qualité de vie. Pour moi, ça signifie que la différence comportementale ne doit pas être nécessairement éliminée, elle doit simplement pouvoir être incorporée à une vie équilibrée et épanouissante. Lorsque c’est impossible, ça signifie seulement qu’un travail doit être fait. Je ne dis pas que c’est facile ou rapide, mais un pas à la fois, on peut y arriver.

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