L’alimentation et l’autisme partie II

Les particularités sensorielles et l’alimentation

Dans un précédent article, j’ai déjà parlé de la manière dont l’autisme pouvait entrainer une rigidité au niveau de l’alimentation. Cette particularité n’est pas la seule que l’on peut observer si l’on passe du temps à table avec une personne autiste. En effet, les particularités sensorielles peuvent aussi perturber l’alimentation puisque manger implique de nombreux sens (goût, odeur, texture et vision des aliments).  Encore une fois, j’aborderai l’alimentation à partir de mon vécu même si je suis consciente que chaque personne autiste peut vivre différemment la même expérience.

La sensation de satiété et la sensation de faim

La première difficulté pouvant être rencontrée par une personne autiste au niveau de l’alimentation est la perception de la sensation de satiété et de la sensation de faim. Malheureusement, dans mon cas, j’ai très rarement faim même si je ne mange pas pendant longtemps. En observant les gens, j’ai cru comprendre qu’avoir faim semblait être une expérience relativement pénible… ça n’a jamais vraiment été le cas pour moi. Ça m’a toujours un peu fasciné de voir les autres dire qu’il devait absolument manger rapidement parce que c’est une sensation qui m’est presque inconnue.

Aussi, lorsque je mange, j’ai du mal à savoir quand je dois m’arrêter si je me fie aux signaux envoyés par mon corps. Lorsque j’étais enfant, mon entourage était souvent étonné par la quantité énorme de nourriture que je pouvais ingurgiter sans me sentir mal. À cette époque, je me suis déjà rendue malade à cause du surplus de nourriture parce que je n’avais pas conscience des signaux qui auraient dû m’aider à comprendre que j’avais assez mangé.

À présent, je n’éprouve encore que très peu de sensations liées à l’appétit et à la satiété même je tente d’être à l’écoute de mon corps. Je dois donc apprendre de manière intellectuelle ce que notre corps doit normalement nous apprendre. Je trouve ça dommage d’avoir à «penser» mon alimentation. J’espère un jour arriver à mieux percevoir mes besoins, mais je ne suis pas encore arrivé à ce point.

Les hypersensibilités, les hyposensibilités et leurs impacts

Aussi, comme beaucoup de personnes autistes, je vis avec de nombreuses hypersensibilités sensorielles qui se répercutent au niveau de mon alimentation. Cette particularité rend pour moi l’acte de manger très intense. Je suis souvent étonnée du goût complexe que peuvent avoir les aliments les plus simples. Par exemple, je n’arriverai jamais à comprendre pourquoi je devrais mettre de la trempette sur mes crudités alors que leur goût est déjà si fort et unique. Je n’apprécie pas non plus particulièrement les plats composés et j’aime mieux lorsque l’on me présente chaque aliment individuellement. Sinon, tout se mélange… les saveurs, les odeurs, les textures. Ça fait beaucoup à gérer pour ma petite bouche et j’ai l’impression que ça dégrade chaque aliment. Pour ces raisons, beaucoup considèrent ma façon de m’alimenter comme très fade et étrange. L’important, c’est qu’elle me convienne.

Mon hypersensibilité fait que je deviens rapidement frustrée et tendue lorsque je dois manger dans un contexte où je suis trop stimulée (environnement bruyant, présence d’un grand nombre de personnes). Habituellement, lorsque je mange, le goût, l’odeur et la texture de l’aliment prennent toute la place. Dans un environnement plus difficile, manger devient tout de suite moins plaisant. Manger se transforme alors en tâche à accomplir au lieu de rester un petit plaisir de la vie.

Finalement, mes particularités sensorielles ont même un impact sur la manière dont je choisis soigneusement les mêmes ustensiles chaque jour. Par exemple, si je ne mange pas avec ma fourchette habituelle, je me sens perturbée parce que la sensation dans ma bouche est différente et je n’arrive plus à apprécier le repas. C’est la même histoire si je dois boire dans une tasse non habituelle, la différence de matériel et les variations au niveau de l’épaisseur du rebord de la tasse peuvent suffire à me déranger.

Dans cet article, j’ai choisi de vous présenter un petit échantillon de mes particularités sensorielles et de leur impact au niveau de mon alimentation. Par contre, il ne faut pas oublier que chaque personne étant unique, son expérience l’est tout autant. Par exemple, au lieu de vivre avec des hypersensibilités semblables aux miennes, certaines personnes autistes doivent composer avec des hyposensibilités ayant d’autres types d’impact. Une personne dont les sensations sont atténuées au niveau de la bouche serait peut-être tentée de rechercher des aliments au goût plus prononcé ou elle pourrait avoir du mal à réguler la taille de ses bouchées.

Conclusion

En résumé, il faut comprendre que les comportements différents à table des personnes autistes ont des origines neurologiques réelles et qu’il ne s’agit pas de caprices. De mon point de vue, l’important reste donc de tenter de comprendre comment les particularités d’une personne affectent son alimentation afin d’arriver à s’adapter. Aussi, en tant que personne autiste, mieux comprendre notre propre fonctionnement nous permet de progresser tout en se respectant dans le processus.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s