L’alimentation et l’autisme partie I

La rigidité alimentaire

À travers une série de trois articles, j’ai décidé d’aborder un sujet qui a toujours été difficile pour moi, c’est-à-dire l’alimentation. Plus précisément, je vais détailler l’impact que les troubles du spectre autistique peuvent avoir sur l’alimentation de la personne touchée et sur son entourage. Dans ce premier article, je traiterai de la rigidité alimentaire souvent associée à l’autisme. Dans le second article, je décrirai les particularités sensorielles pouvant perturber l’alimentation. Finalement, je détaillerai les conséquences possibles de la rigidité et des particularités sensorielles sur la vie de la personne autiste et les solutions qu’elle peut envisager pour se simplifier la vie. Dans tous ces articles, je vais me prendre en exemple pour passer de l’abstrait au concret plus facilement.

Beaucoup de personnes se trouvant sur le spectre de l’autisme ont besoin de routine et de prévisibilité au niveau de leur environnement pour se sentir simplement à l’aise. Ce besoin se traduit souvent en rigidité comportementale. De mon côté, j’ai toujours eu l’impression que ma rigidité venait apporter un équilibre à ma vie puisque j’arrive difficilement à interpréter mon environnement et donc à le prévoir comme une personne neurotypique peut le faire. En sachant ce qui m’attend, un sens artificiel se crée dans mon petit monde et je peux fonctionner. Ma routine et le contrôle de mon environnement sont nécessaires à mon bien-être.

La routine et la rigidité alimentaire au quotidien 

Cette manière particulière de fonctionner a un grand impact sur ma manière d’aborder l’alimentation. Chaque jour, je mange exactement le même déjeuner dans le même bol avec les mêmes ustensiles. Au dîner, j’ai réussi à introduire de la variété, mais je dois suivre un plan alimentaire, sinon, au fil des jours, je sais que mon alimentation se rigidifierait autour d’un plat unique. Au souper, encore la même histoire, j’ai très peu de variété au menu.  Dès que j’ai eu la liberté de choisir mes repas, c’est la rigidité qui l’emportait. Pour cette raison, je suis devenue automne très jeune au niveau de la préparation de mon déjeuner. Ainsi, j’avais droit au même bol de céréales chaque jour… et mon fameux bol de céréales, c’est une habitude que je traîne encore aujourd’hui.

Pour chaque repas, je dois suivre une méthodologie précise lorsque je mange. Je mange toujours mes aliments dans le même ordre et de la même manière. J’ai l’impression que la majorité de la population serait vite frustrée par mon régime alimentaire, mais c’est une chose que j’ai du mal à comprendre. Pour moi, c’est un vrai plaisir d’accomplir ma petite routine au moment du repas et c’est plaisant de savoir à quoi m’attendre. Je sais que je vais aimer ce que je vais trouver devant moi, je connais les étapes à effectuer et ça me calme.

La perturbation de la routine et ses effets

Parfois, à cause de diverses obligations, ma routine alimentaire est brisée et lorsque ça arrive, je suis complètement perdue et désorganisée. Pour moi, le pire est d’avoir à déplacer mon déjeuner comme dans le cas d’une prise de sang à jeun. Dans un cas semblable, je ne sais plus comment je dois m’alimenter pour le reste de la journée et je n’arrive plus à fonctionner efficacement tellement mon niveau d’anxiété est élevé. Souvent, j’essaie de prévoir une manière alternative de procéder, mais, malgré ça, l’expérience reste très pénible. Dans ces moments, je pense aux jeunes enfants autistes devant vivre dans un environnement non adapté à leurs besoins et je les comprends d’avoir du mal à interagir avec le monde…

À plusieurs reprises, j’ai tenté de briser ma rigidité au niveau de l’alimentation pour être plus «comme tout le monde». À chaque reprise, je me suis retrouvé à vivre le même scénario. Au prix d’une grande dose d’anxiété et de mal-être, j’arrivais à modifier la manière dont je fonctionnais. Puis, après un temps, je reprenais de nouvelles habitudes qui devenaient de plus en plus rigides jusqu’à ce que je me sente bien de nouveau.

À l’école primaire, on s’est beaucoup moqué de moi en raison de mes habitudes alimentaires. À la cafétéria, je choisissais la même chose chaque midi : ma salade César, mon fromage «petit Québec» et mes biscuits miniatures. On m’appelait donc Miss Salade. Ce n’était probablement pas très méchant, mais j’ai fini par avoir honte de moi et par avoir honte de ne pas être capable de faire autrement.

J’accepte maintenant que j’ai besoin de fonctionner de cette manière pour me sentir bien. Par contre, je ne veux pas que ça se fasse au prix de carences alimentaires causées par le manque de variété. C’est pourquoi j’ai adopté un plan alimentaire me permettant de combler mon besoin de routine tout en me permettant d’être en santé. Ce n’est pas facile pour moi d’être à l’aise avec cette nouvelle manière de faire, mais je progresse chaque jour et je sais que j’ai enfin trouvé une solution viable à long terme tant pour ma santé physique que pour une intégration sociale harmonieuse.

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