Question de limite

La notion de handicap et de limitation

Lorsque l’on parle d’un handicap, on entend souvent les mêmes termes revenir pendant la discussion. On parle de «déficits»,  de «difficultés»,  de «limitations» ou encore d’«incapacité». On évalue la grandeur des manques et l’étendue de la différence. Au terme de ces évaluations viennent les jugements quant à ce que la personne touchée par le handicap ne peut pas accomplir. On expose à la personne les limites que l’on perçoit chez elle. On lui intime d’accepter ses limites.

À cause de mon diagnostic d’Asperger, on m’a dit que je devrais accepter que je ne puisse pas suivre un parcours traditionnel si je voulais aspirer à une certaine qualité de vie.  On m’a aussi dit que je devais choisir un parcours professionnel pas trop demandant sur le plan social pour avoir une chance de réussir. Ça, c’est le genre de limite que l’on a vu chez moi en m’observant.

Les limites réelles et les limites psychologiques

Je pense qu’on a tous nos propres limites à ne pas dépasser. Nos limites réelles, ce sont les points au-delà desquels, on casse. Par exemple, on peut vouloir faire le plus d’argent possible en travaillant toujours plus, mais il est impossible de se pousser au-delà d’un certain point tout en gardant le rythme sur le long terme. Éventuellement, on aura atteint notre fameuse limite… et ça ne sera pas nécessairement beau à voir ou à vivre.

Longtemps, je n’ai pas respecté mes limites parce que je me disais que si les autres autour de moi étaient capables de le faire, je devais y arriver aussi. Alors, sans respect pour mes particularités propres, j’ai simplement forcé de plus en plus fort pour réussir. Et, ce qui devait arriver arriva… je me suis retrouvée plus d’une fois sans une once d’énergie et totalement découragée de ne pas atteindre mes objectifs. Et je me disais que j’échouais parce que je ne faisais pas assez d’effort alors que c’était justement le contraire. Je n’atteignais pas mes objectifs parce que je ne me respectais pas lors du processus.

À une autre époque, j’ai commencé un bac en enseignement à temps plein. Pour moi, les travaux d’équipe sont très énergivores  parce que j’ai beaucoup de mal à participer activement à une conversation à plusieurs. Dans ces situations, j’ai l’impression de recevoir trop d’information en même temps sans arriver à tout traiter. Ce n’est pas impossible de le faire, mais je dois prévoir du temps pour me reposer après ce type d’échange. Pendant ma formation, je ne me donnais pas ce droit alors je me retrouvais parfois dans des situations où j’étais tellement fatiguée et tellement trop stimulée que je perdais la capacité de parler. Même si on s’adressait à moi un à un, j’étais incapable de répondre.

Je crois que c’est pour éviter ce type de situation que l’on m’a suggéré d’apprendre à connaître et à respecter mes limites. Selon moi, c’est un conseil assez sage. Par contre, j’ai du mal à accepter que certaines personnes aient décidé de dresser les frontières de mes limites à ma place. À cause du diagnostic qu’on m’a donné, certains professionnels ont déduit mes incapacités sans prendre le temps de voir quelles étaient mes forces.

Se faire pointer ses limites et ses incapacités, ça peut être pas mal plus limitant que n’importe quelle différence. Si j’avais cru ceux qui m’ont dit que je ne pourrais pas être intervenante à cause de mon autisme, je serais probablement assez malheureuse aujourd’hui et ce ne serait pas à cause d’une quelconque incapacité. Ce serait simplement à cause de la vision qu’ont les autres de ma différence et à cause du fait que j’aurais accepté leur vision.

Si je me fie à mon vécu, j’ai l’impression qu’il peut être très difficile de différencier nos limites réelles des limites que l’on croit avoir. Je crois que la principale différence entre les deux, c’est la manière dont on se sent après les avoir franchies. En franchissant une limite réelle, on ne se respecte pas et on en sort un peu plus détruit chaque fois. Au contraire, en traversant une limite dictée par la peur et par le jugement des autres, on se sent plus fort et grandi. Avec le temps, j’espère arriver à me connaître suffisant pour arriver à différencier les deux.

2 réflexions sur “Question de limite

  1. Je trouve cette réflexion très juste. Vivre selon nos vraies limites et non celles imposées par la vision des autres. Respect de soi et croyance en soi … ce que tu écris est bon pour tout le monde. Merci, te lire est un plaisir!!!

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